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"Les Batailles sont les bornes kilométriques de l'Histoire"
Patrick Ritt


Bataille de BUNKER HILL le 17 Juin 1775
Introduction
La bataille constitue l’un des premiers affrontements majeurs entre les insurgés américains et les troupes britanniques. Elle a lieu dans la péninsule de Charlestown, face à Boston.
La Campagne
Au printemps 1775, après les escarmouches de Lexington et Concord, les forces coloniales assiègent la ville de Boston qui est occupée par les Britanniques.
Les insurgés, sous l’autorité du Congrès continental, comprennent rapidement l’importance des hauteurs dominant la ville. Contrôler ces collines permettrait d’installer de l’artillerie capable de menacer la flotte et les troupes britanniques stationnées à l’intérieur.
Dans la nuit du 16 au 17 juin, les forces coloniales entreprennent de fortifier Breed’s Hill, plutôt que Bunker Hill, jugée moins stratégique. Cette décision précipite l’affrontement. Vers quatre heures du matin, le HMS Lively ouvre le feu sur les constructeurs. Cependant, les bordées s’avèrent peu efficaces, incapable d’obtenir un angle suffisant pour atteindre les fortifications en construction.
Les anglais mettent plusieurs heures à rassembler une force d’infanterie en vue d’une attaque sur terre. Le transport de ces troupes vers le point d’engagement nécessite plusieurs allers-retours en barge, ce qui permet aux insurgés de s’organiser et d’amener également des renforts à leur force.
Les forces en présence
Du côté britannique, les 2 600 hommes débarqués sont commandés par le général William Howe, assisté notamment de Henry Clinton et John Burgoyne. Les tuniques rouges et leurs commandants sont des soldats professionnels expérimentés, bien entraînés et bien équipés.
Face à eux se trouvent 1 500 hommes des milices coloniales, commandées par Israel Putnam, William Prescott et Joseph Warren. Ces combattants manquent de munitions et de formation militaire, mais sont déterminés à tenir tête aux troupes anglaises.

Mouvements lors de la bataille (source : Wikipédia)
La bataille
Soutenu par l’artillerie de la Royal Navy, le général Howe décide d’attaquer immédiatement les insurgés avant que leurs défenses ne soient renforcées.
Plusieurs facteurs compliquent l’opération. La chaleur accablante vient s’ajouter aux épais uniformes en laine et au paquetage des soldats anglais (environ 25 kilos). Le terrain est difficile, avec des clôtures, des levées de terre et des pentes largement exposées au feu des défenseurs.
Vers 15 heures, les britanniques lancent leur première attaque en formation classique, avançant en lignes serrées. Ils visent à la fois la redoute principale et les lignes de défense improvisées le long d’une clôture.
Les colons, bien abrités, attendent que les troupes ennemies soient à courte distance avant d’ouvrir le feu. La célèbre tirade du général Israel Putnam, « Ne tirez pas avant de voir le blanc de leurs yeux », illustre la volonté des insurgés d’économiser leurs munitions et de maximiser l’efficacité de leur feu. Le tir est dévastateur : les lignes britanniques sont brisées, et l’assaut échoue avec de lourdes pertes.
Le général William Howe ordonne un second assaut, avec une meilleure coordination. Les britanniques tentent de déborder les flancs des positions coloniales. Mais encore une fois, les défenseurs tiennent bon. Leur précision au tir et leur discipline insoupçonnée surprennent les britanniques. Les pertes s’accumulent, notamment parmi les officiers. Selon les pratiques de l’époque, ces derniers se tiennent en première ligne.
Le troisième assaut est lancé en fin d’après-midi. Cette fois, les britanniques concentrent leurs forces sur la redoute. Suite aux deux premiers assauts, les colons commencent à manquer cruellement de munitions.
Lorsque les tuniques rouges atteignent les fortifications, les colons sont contraints de battre en retraite, incapables de soutenir le combat au corps à corps. Cette retraite est relativement bien organisée, grâce à l’action de certains officiers américains qui couvrent le repli.
Pendant la bataille, la ville de Charlestown est bombardée et incendiée par les navires anglais qui tirent à boulets rouges. Officiellement pour éliminer les tireurs embusqués, cette manœuvre contribue aussi à semer la panique et à marquer les esprits.
Les pertes
Les pertes sont particulièrement lourdes, surtout du côté anglais. Environ 1 000 soldats britanniques sont tués ou blessés, soit une proportion très élevée des forces engagées. Parmi les officiers touchés figurent de nombreux cadres expérimentés, ce qui affaiblit durablement le commandement de l’armée anglaise.
Les pertes américaines sont estimées à environ 400 hommes, incluant la mort de Joseph Warren, l’un de leur commandant. Bien que moindres, ces pertes représentent un sacrifice significatif pour une armée encore en formation.
Les conséquences
Malgré leur victoire tactique, les Britanniques subissent un véritable choc psychologique. La résistance des milices coloniales démontre qu’elles peuvent tenir tête à une armée régulière. Cette prise de conscience influencera la suite du conflit.
La bataille de Bunker Hill devient un symbole de courage et de résistance pour les américains. Elle renforce leur détermination et convainc certains observateurs étrangers que la cause des colonies est viable.
En définitive, cette bataille illustre un paradoxe : bien que la victoire tactique appartienne aux britanniques, l’avantage stratégique et moral de cette bataille revient aux insurgés, renforçant ainsi leur détermination à tenir tête aux troupes du roi Georges III.
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