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"Les Batailles sont les bornes kilométriques de l'Histoire"
Patrick Ritt


Bataille d'Aboukir
1er et 2 août 1798
Le destin de l'armée d'Egypte

Finalisée en 2005 - 38 navires
Notre analyse :
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La (trop) grande prudence du vice-amiral Brueys et l'indiscipline des capitaines français mettent à mal les chances de l'emporter. La manœuvre inédite et très audacieuse du capitaine Foley vient planter le dernier clou dans le cercueil de la flotte française d'Egypte.
Le choix d'une bataille "statique" est déterminante pour la défaite française. En haute mer, l'issue n'aurait peut-être pas été aussi définitive.



Bataille navale d'ABOUKIR les 1er et 2 Août 1798
Introduction
L'expédition du jeune général Bonaparte est un succès sur terre (voir la page "Bataille des Pyramides"), mais qu'en est-il de sa flotte restée amarrée en baie d'Aboukir ?
Partie en secret, la destination de cette imposante flotte est un mystère pour les anglais. L'amiral Horacio Nelson va passer plus de deux mois à chercher l'armada en Méditerranée. Il la manque de peu en haute mer et la devance même en Egypte. N'y trouvant rien, l'amiral fait demi-tour et la recherche en Sicile, puis aux alentours de Chypre, avant de revenir en Sicile. Il apprend alors que la flotte française mouille dans les environs d'Alexandrie. En effet, le vice-amiral français Brueys estime que c'est une bonne position défensive en attendant le retour de Bonaparte.
Le 1er Août 1798, les HMS* Alexander et Swiftsure détectent les navires français dans le port d'Alexandrie. Nelson peut enfin resserrer l'étau sur la proie qu'il poursuit depuis des semaines.
*His/Her Majesty's Ship = Navire de sa Majesté(e)

Déroulement de la bataille (source : WIkipedia)
Le positionnement de la flotte française
Le vice-amiral Brueys aurait préféré un combat en haute mer, mais de nombreux marins sont soit malades, soit à terre pour chercher du ravitaillement. Il a invité les capitaines de sa flotte à bord de l'Orient, son navire amiral, pour débattre de la situation. Il se décide finalement pour un combat au mouillage dans la baie d'Aboukir. Chaque navire sera enchainé à son voisin par la proue et la poupe. La flotte deviendrait ainsi un véritable mur hérissé de canons. Les treize navires français sont espacés de 130 mètres chacun, la ligne complète s'étendant sur 2,6 kilomètres.
La baie est protégée à son extrémité ouest par un promontoire contrôlé par le château d'Aboukir. Brueys, à bord de l'Orient, son vaisseau amiral de 120 canons, pense que sa ligne est inexpugnable : les anglais ne peuvent attaquer la flotte que d'un seul côté, et les vents les obligent à attaquer la ligne française par son arrière et son centre, là où se trouvent ses meilleurs navires.
Brueys, en marin expérimenté, espère ainsi éviter les échouages. Mais cette grande prudence a une faille : elle laisse un (trop) grand espace entre le dernier navire et les hauts fonds. D'autre part, la distance de 130 mètres entre les navires va s'avérer trop importante, dans la mesure où certains capitaine français ne respecteront pas les ordres d'enchaîner leurs navires entre eux...
Les force en présence
Les français alignent 13 navires de lignes et 4 frégates.
L'amiral Nelson dispose de 14 vaisseaux, mais seuls 13 se battront car le HMS Culloden s'échouera dès le début de la bataille.
Les forces semblent équilibrées, car la qualité supérieure des équipages anglais n'est plus déterminante à si courte portée.
La bataille
A 14h, le HMS Zealous aperçoit les navires français stationnés dans la baie d'Aboukir.
Vers 16h, l'amiral Nelson fait ralentir sa flotte pour la préparer au combat. Son plan est d'approcher la ligne française et de la couper pour prendre les navires ennemis en enfilade. C'est sa manœuvre favorite. N'ayant aucune carte de la baie, il avance très prudemment en sondant constamment la profondeur des eaux. Brueys envoie sa canonnière l'Alerte en avant pour attirer les anglais vers les hauts fonds, mais ces derniers ne tombent pas dans le piège.
A 18h20, le Guerrier et le Conquérant ouvrent le feu sur les HMS Goliath et Zealous qui approchent. A bord du HMS Goliath, la vigie signale au capitaine Foley qu'il y a un espace suffisant entre le Guerrier et les hauts fonds pour pouvoir passer. De sa propre initiative, le capitaine anglais passe devant la proue du navire français pour déboucher sur son côté bâbord non préparé.
Les capitaines français, toujours à bord de l'Orient au début de la canonnade, rejoignent en hâte leurs bâtiments.
La manœuvre audacieuse (et contraire aux ordres) du capitaine Foley est déjà décisive pour la bataille. Les HMS Zealous, Orion, Audacious et Theseus imitent la manœuvre du Goliath et le suivent à bâbord des vaisseaux français. Le reste de la flotte de Nelson attaque les navires français par tribord, désormais pris en tenaille entre deux feux.
A 21h, complètement démâté, le Guerrier se rend après une résistance héroïque. Le Conquérant fait de même. La frégate Sérieuse, gravement endommagée, sombre. Pris à parti par trois bâtiments anglais, le Spartiate, accablé par les pertes, finit également par se rendre. L'Aquilon fait face à un unique adversaire, le HMS Vanguard, navire amiral anglais. Une salve sur la proue de ce dernier fait plus d'une centaine de victimes. Nelson est blessé, mais rapidement soigné et réapparaît sur le pont de son navire pour assister à la victoire finale.
Seule victoire française ce jour, c'est l'Orient qui, d'une puissante bordée, fracasse le HMS Bellorophon qui part à la dérive. Mais écrasé sous le feu de trois vaisseaux anglais en réponse, le navire amiral français prend feu. Le vice-amiral Brueys est touché par un boulet et rend l'âme sur le pont de son navire.
A 22h30, l'incendie atteint la sainte-barbe de l'Orient, qui explose dans une violente déflagration en emportant plus d'un millier de marins avec lui. La violence de l'explosion endommage tous les bâtiments proches. La France vient de perdre le fleuron de sa flotte...
La bataille est déjà perdue pour les français, mais durera jusqu'au lendemain matin 11h. Seul le contre-amiral Villeneuve, en charge de l'arrière-garde qui n'a pas pris part au combat, parviendra à s'enfuir avec deux navires de lignes et deux frégates.
Les pertes
Tous les navires anglais engagés seront endommagés mais aucun ne coule. Les anglais comptent 218 tués et 678 blessés.
Les français perdent 11 des 13 navires de ligne engagés, coulés ou capturés. L'estimation du nombre de pertes chez les marins français oscille entre 3 000 et 5 000 selon les historiens.
Les conséquences
La perte de la flotte française scelle le destin de l'armée d'Egypte. Bonaparte et ses hommes sont prisonniers de leur conquête. L'amiral Nelson est couvert d'or et de gloire, l'Angleterre prouve une nouvelle fois qu'elle est maîtresse des océans.
Stratégiquement, la France est affaiblie. L'Empire Ottoman entre en guerre contre elle. Voyant la meilleure armée et le meilleur général français coincé en Afrique, l'Autriche et la Russie forment la Seconde Coalition et déclarent la guerre à la France en 1799.
Napoléon Bonaparte quitte l'Egypte en secret le 23 août et laisse le commandement au général Kléber, qui est mis devant le fait accompli. Il sera assassiné le 14 juin 1800, qui également le jour de la bataille de Marengo. En 1801, les dernières forces françaises seront évacuées... par la Royal Navy ! L'Angleterre redevient maîtresse de l'Egypte.
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