
"Les Batailles sont les bornes kilométriques de l'Histoire"
Patrick Ritt


Bataille de WATERLOO le 18 Juin 1815
Introduction
Lorsque Napoléon, de retour d’exil, débarque le 1er Mars 1815 à Golfe Juan, il ne dispose que de 900 grenadiers composant sa garde personnelle. Vingt jours plus tard, il s’installe au Palais des Tuileries : Louis XVIII a fui devant son irrésistible marche. L’Aigle vient de reconquérir son trône sans un seul coup de feu.
Alors que les « alliés » se disputent le partage de l’Europe, ils cessent alors leurs querelles et proclament Napoléon « hors-la-loi ». Rassemblés à Vienne, les dirigeants des puissances européennes lui déclarent personnellement la guerre. Napoléon tente de conserver la paix par la voie diplomatique… en vain.
La Campagne
Les alliés ont rassemblé deux armées en Belgique. A Bruxelles, le duc de Wellington commande 83 000 hommes regroupant Anglais, Hollandais, Belges, Hanovriens, Nassau, Brunswickois... C’est une armée hétéroclite que le duc qualifie lui-même de « mal famée, bigarrée et sous équipée » !
A Liège le vieux Feldmarschall von Blücher dispose de quatre corps d’armée, soit 113 000 hommes.
Se sachant en infériorité numérique, Napoléon décida de frapper le premier. Son armée du nord rassemble 124 000 hommes. Le 15 juin, les Français entrèrent en Belgique et franchirent la Sambre à Charleroi sous une pluie battante.
L’intention de Napoléon était de séparer les deux armées alliées et de les battre séparément. Ensuite, prendre une capitale européenne, comme Bruxelles, forcerait (peut-être) les alliés à négocier avec lui.
Blücher réagit le premier et envoya trois corps d’armée vers Ligny, près de Fleurus. Napoléon scinda son armée en deux. Avec 63 000 hommes, il marche sur les prussiens alors que Ney doit s’ouvrir la route de Bruxelles aux Quatre Bras.
Le 16 juin, la Grande Armée inflige une cuisante défaite aux prussiens. Blücher, tombé sous son cheval, échappe de peu aux cavaliers du 9ème Régiment de Cuirassiers. Mais bien qu’ayant perdus 20 000 hommes, les Prussiens se retirent en bon ordre sous la houlette du général Gneisenau. Aux Quatre Bras, Ney eut fort à faire face aux 30 000 anglo-alliés de Wellington.
Du fait des différents ordres et contre-ordres, le 1er corps du maréchal D’Erlon ne participera à aucune des deux batailles de la journée.
Au soir du 16 juin, Napoléon est victorieux. Il estime que les prussiens, sévèrement étrillés et en pleine retraite, ne sont plus une menace. Ordre est tout de même donné au maréchal Grouchy de les poursuivre avec 32 000 hommes. Napoléon lui-même marchera avec la grande armée vers Mont Saint-Jean où Wellington regroupe ses forces.
Ce que Napoléon ignore, c’est que Blücher était en train de regrouper ses troupes à Wawre et qu’il avait promis à Wellington de le soutenir, quoi qu’il puisse arriver...

La disposition des armées
La bataille
Le dimanche 18 juin, au lever du jour, la pluie torrentielle tombée toute la nuit se calme enfin. Placé près de la ferme de Rossomme en retrait de la Belle-Alliance, Napoléon ne peut pas voir l’ensemble du dispositif de Wellington du fait du terrain très vallonné.
Méfiant, l’anglais a disposé des troupes dans les fermes de Hougoumont et de La Haie-Sainte en avant de son dispositif. Pour parer une attaque sur sa droite, il a également détaché 17 000 hommes vers Halle.
L’Empereur, confiant, pense finir « cette affaire » sans difficultés. Son plan était de lancer deux fausses attaques sur les ailes, puis après avoir écrasé sous le feu de l’artillerie la ligne anglaise, percer le centre pour s’ouvrir la route de Bruxelles. Adossée à la forêt de Waterloo, l’armée de Wellington serait anéantie.
Napoléon voulait débuter la bataille à 09h00, mais le terrain détrempé était peu favorable à l’artillerie. Aussi ce n’est que vers 11H30 que la grande batterie de l’artillerie de la Garde tonne trois fois, donnant le signal du début du combat.
L’artillerie française ouvre un feu violent sur les troupes de Wellington. Sur l’aile gauche, une division du 2ème corps de Reille attaque Hougoumont, que les Coldstream Guards avaient transformé en véritable ferme fortifiée.
Sur l’aile droite, le maréchal D’Erlon lance vers 13h30 son 1er corps à l’assaut des lignes ennemies : 16.000 français attaquent en lignes serrées. Papelotte tombe et la Haie-Sainte est encerclée.
Mais le feu anglais, extrêmement meurtrier, cause du désordre dans les rangs français. Wellington choisit ce moment pour lancer sa cavalerie. Les cavaliers de la Garde de Uxbridge, suivis de l’Union Brigade de Ponsonby, se ruent à l’assaut, bousculant les divisions de Marcognet et de Donzelot. Emportés par leur charge fougueuse, les Anglais sont contre-chargés par la cavalerie française et taillés en pièces.
A Hougoumont, les combats sont acharnés et finalement c’est l’ensemble du 2ème corps qui se trouve engagé. Mais la garde anglaise tient bon.
Les batteries françaises continuent leur feu meurtrier et s’inquiétant de ses pertes, Wellington ordonne à ses troupes de se mettre à l’abri derrière la crête de Mont Saint-Jean. Le maréchal Ney, croyant à la retraite des anglais, rassemble sa cavalerie et lance, sans ordres de l’Empereur, une charge sur le centre anglais.
Les Anglais formèrent vingt carrés d’infanterie en échelon et attendirent le choc. Prise de frénésie, toute la cavalerie française se rue sur les carrés. Elle est systématiquement repoussée par les salves de l’infanterie anglaise. Certains carrés commencent à vaciller et Ney demande alors à Napoléon du soutien pour percer la ligne ennemie.
Mais Napoléon ne dispose plus que d’une ultime réserve : sa Garde.
Subitement, vers 16h, sortant en masse du bois de Paris, les prussiens attaquent l’aile droite française et menacent Plancenoit ! Napoléon envoie le 6ème corps de Lobau, soutenu par les bataillons de la Jeune Garde, pour fermer la brèche. Alors qu’on attendait Grouchy, c’est le corps d’armée de Bülow qui débouchait sur la droite.
A Hougoumont, les Anglais s’accrochent avec l’énergie du désespoir. La Haie-Sainte est tombée. Il suffirait de percer le centre anglais pour remporter la victoire. Napoléon décide de lancer sa Moyenne Garde à l’assaut, ne gardant avec lui que sa Vieille Garde.
Avançant sur le plateau comme à la parade, les Français furent accueillis par le feu meurtrier de la garde anglaise commandée par Maitland et Adam. La Garde française ne peut pas se maintenir sur le plateau et commence à reculer.
La Garde recule ! A ce cri, un vent de panique souffle sur toute l’armée française qui part en déroute. Seule la Vieille Garde conserve sa discipline de fer et, formée en carré, couvre la retraite. Les anglais proposent la reddition à cette légion de héros, et obtinrent pour seule réponse : « La Vieille Garde meurt mais ne se rend pas. Merde !». Telles furent les dernières paroles du général Cambronne avant d’être grièvement blessé.
Les pertes
Wellington et Blücher finirent par se rejoindre à 21h00. Sur le champ de bataille gisaient près de 22 000 alliés et 30 000 français.
Les conséquences
Napoléon rentra à Paris où il abdiqua une seconde fois le 22 juin. Voulant fuir vers l’Amérique, il fut trahi par le gouvernement provisoire puis capturé par les anglais. Sa prison serait désormais une île nommée Sainte Hélène.
Pour l’Histoire, Waterloo est la grande victoire de Wellington qui abattit définitivement l’Aigle Impérial. Le vieux Feldmarschall Blücher est oublié dans la postérité alors que sans lui, les Anglais auraient très certainement été défaits.
Et comme à chaque défaite, l’on cherche des boucs émissaires. Les Français en trouvèrent plusieurs : Grouchy, un traître, car il n’a pas marché au canon ; D’Erlon, un incapable, parce que son dispositif d’attaque était trop serré ; Ney, un fou se lançant sans soutien dans une charge désespérée ; Soult, un incompétent parce qu’il n’a pas envoyé suffisamment de messages à Grouchy.
Mais finalement les erreurs furent d’abord celle du maître. Les errances du 1er corps le 16 juin, Grouchy qui reçoit trop de troupes pour poursuivre un ennemi qu’on croit en déroute (et qui ne l’est pas), la confusion des ordres le 18 juin, l’absence de reconnaissance vers le flanc droit qui aurait permis de ne pas se faire surprendre par Bülow, et tant d’autres… Toutes ces erreurs sont bien du fait de Napoléon.
« La responsabilité de la défaite comme le triomphe de la victoire appartient au chef » (Citation : H. Lachouque)
Laissons à Napoléon le bénéfice de la « mauvaise volonté » de certains officiers français, l’usure dû aux revers et aux compromissions, l’absence de son fils, sa maladie et surtout le combat désespéré qu’il mène contre l’Europe entière, alors qu’il proposait à tous la paix.



