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"Les Batailles sont les bornes kilométriques de l'Histoire"
Patrick Ritt



Les clans des Highlands en 1746

Le déroulement de la campagne
Bataille de CULLODEN le 16 Avril 1746
Introduction
En 1688, la Glorieuse Révolution chasse le dernier roi catholique du trône d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse. Ce dernier, James Stuart (Jacques en français), parvient à fuir le pays et se réfugie auprès de son cousin Louis XIV en France. Les partisans se rassemblant autour de lui sont appelés les « jacobites ».
Un vif ressentiment est cultivé par les Highlanders d’Ecosse à l’encontre de cette nouvelle royauté protestante. L’Union Act de 1707 rassemble l’Angleterre et l’Ecosse en un seul pays, à l’unique bénéfice de la perfide Albion. En 1715, un premier soulèvement jacobite visant à rétablir les Stuart sur le trône se solde par un échec.
En 1745, incité par les Highlanders promettant de se soulever à son arrivée, le jeune prétendant Charles Edouard Stuart harcèle les ministres français pour obtenir des hommes afin de reconquérir son trône. Obtenant difficilement gain de cause, il se prépare en secret à débarquer dans sa patrie… avec une poignée de partisans. Il est alors âgé de 25 ans.
La Campagne
L’arrivée du jeune Charles Stuart en Ecosse, sans renforts de troupes, provoque l’indécision des clans majeurs des Highlands. Ce n’est que de mauvais grâce que les clans des MacDonald et des Cameron finissent par le rejoindre, provoquant ainsi le ralliement des clans plus modestes.
Le prince Charles prend alors la route du sud, menant une armée obéissant davantage aux chefs de clans qu’à lui-même. Deux mois après son débarquement, il parvient à s’emparer d’Edimbourg. Cinq jours plus tard, il écrase une armée anglaise à la bataille de Prestonpans, à l’est d’Edimbourg.
C’est avec une petite armée, indisciplinée mais qu’il pense invincible, que le prince décide de marcher sur Londres. Son état-major émet de fortes protestations, et l’enjoint à la patience. Ses alliés lui conseillent notamment d’attendre les renforts promis par le roi de France Louis XV.
Faisant fi de ces conseils, il passe la frontière en décembre 1745. Il traverse Manchester pour arriver à Derby. Malheureusement, la rébellion a déjà perdu de son ardeur. Près de mille hommes ont déjà quitté l’armée en marche pour rentrer chez eux, les jacobites d’Angleterre ne se sont toujours pas ralliés à lui, et aucune nouvelle des renforts français ne lui parvient. Devant l’avancée d’une armée anglaise de 3 000 hommes, le prince décide de battre en retraite.
En janvier 1746, le moral remonte. Trois régiments français viennent tout juste de débarquer. Le 17 janvier à Falkirk, les écossais défont une armée anglaise supérieure en nombre. Mais la campagne s’éternise. L’Etat-major écossais décide de retraiter vers les Highlands pour former une armée de 10 000 hommes. Pendant ce temps, à Aberdeen, le duc de Cumberland réorganise une armée anglaise démoralisée par ses défaites successives. A la mi-mars, cette armée se met en marche et atteint Nairn, à vingt-cinq kilomètres d’Inverness.
Les force en présence
L’armée anglaise commandée par le duc de Cumberland est forte de 9 000 hommes. Elle rassemble des troupes anglaises parfaitement disciplinées ainsi que des écossais loyalistes, notamment du clan Cambell. Le duc est un homme massif, un soldat expérimenté et craint pour son implacable sévérité envers ceux qui lui désobéissent. Cette armée est redoutable par sa discipline de feu et sa bonne artillerie. L’introduction de la baïonnette permet de contrebalancer la hargne des écossais qui cherchent traditionnellement à tout prix le corps-à-corps.
Le prince Charles Stuart commande les trois régiments français envoyés par Louis XV et ses Highlanders. Ces derniers ont une réputation d’invincibilité, car aucune armée anglaise n’est jusqu’à présent parvenue à encaisser le choc de leur charge sans se disloquer. Ils disposent également de douze canons, mais aucun artilleur professionnel, ce qui diminue très fortement l’impact de cet armement.
La bataille
Le 15 avril, l’armée jacobite se rassemble sur la lande de Culloden. Elle est affamée car l’intendance et la logistique n’ont pas suivi. Se retrouvant dans une situation difficile, le prince Charles décide de prendre l’initiative et de lancer une attaque de nuit sur le camp des anglais. Lord Murray, certainement le meilleur et le plus expérimenté des chefs jacobites, approuve ce plan malgré ses doutes.
Il organise une attaque en deux colonnes, mais le déplacement de nuit est catastrophique. Ordres, contre-ordres, marches et contre-marches désorganisent complètement l’armée écossaise.
Non seulement l’attaque de nuit ne se fait pas, mais les jacobites déjà affamés se retrouvent épuisés et désorganisés. Ils reviennent sur leurs pas, découragés, pour rejoindre la lande de Culloden. Quelques deux-mille d’entres eux en profitent pour s’adonner à la maraude.
Cumberland a vent de l’attaque avortée et de la marche de nuit. A 5 heures du matin, son armée prend le chemin de Culloden. Arrivés à six kilomètres de la lande, les anglais sont repérés par les éclaireurs écossais. Dans le camp jacobite, on s’efforce de réveiller les dormeurs et de rallier les maraudeurs. L’ordre de bataille ne pouvant plus être modifié, ils conservent le dispositif de la veille. De ce fait, le clan MacDonald, traditionnellement placé à droite, se retrouve à gauche. Ceci est considéré comme un affront.
Des 8 000 hommes du prince Charles, seuls 5 000 seront prêts ou présents pour la bataille. Il dispose son armée sur deux lignes de front de 650 mètres. Ses deux ailes s’appuient sur des murs de pierre de terres cultivées. La position des écossais est peu avantageuse, car faisant face à l’est elle est en proie au vent glacé et à la pluie, qui se transforme même en neige dans la matinée. Tout en jouant du tambour et de la cornemuse, ils regardent approcher les 9 000 soldats en uniformes rouge et blanc de l’armée ennemie qui s’avance vers eux, et s’arrête à environ 450 mètres de leurs lignes.
Vers 13 heures, un canon écossais ouvre le feu sur Lord Boyd, officier des Coldstream Guards, un régiment d’infanterie envoyé en reconnaissance. Ceci déclenche la bataille. L’artillerie anglais ouvre un feu dévastateur sur les lignes écossaises, qui subissent de lourdes pertes.
Conscient de sa situation précaire, le prince Charles ordonne l’attaque. Son aile droite et son centre se ruent sur la ligne anglaise. Le feu de mousqueterie anglais fauche des centaines de Mackintosh, de Stewart et de Cameron. Sous le choc de l’assaut, deux régiments anglais s’écartent et laissent passer les écossais qui chargent. Ces quelques cint-cent Highlanders parvenant à « percer » la première ligne seront abattus par la seconde placée en retrait.
Les troupes jacobites parties à l’assaut commencent à battre en retraite. L’aile gauche écossaise se décide enfin à attaquer, mais menacée puis attaqué sur son flanc elle recule en plein désordre. Lord Murray tente de ramener les français de la seconde ligne pour couvrir la retraite jacobite… mais l’attaque de cinq-cents dragons anglais dans le dos de l’aile droite transforme la retraite en déroute totale.
Le duc de Cumberland ordonne à sa cavalerie de poursuivre et de massacrer les fuyards. L’infanterie anglaise achève les blessés sur le champ de bataille.
Les pertes
Les anglais déploreront 50 morts et 259 blessés.
Les jacobites subiront 2 000 pertes, et 376 seront fait prisonniers (majoritairement des français).
Les conséquences
La bataille de Culloden fut suivie de sévères persécutions envers les Highlanders. Un millier d’entre eux seront vendus comme esclaves aux Amériques, les chefs de clans seront dépouillés de leur autorité, le bétail sera saisi, les habitations détruites. Le gaélique en tant que langue sera désormais interdit, et jouer de la cornemuse ou porter un kilt sera sévèrement puni. Le duc de Cumberland recevra son surnom de « Boucher sanglant ».
Ayant assisté, impuissant, à l’incroyable massacre de son armée, le prince Charles commencera une longue errance. Sa tête sera mise à prix (30 000 livres) mais aucun écossais ne le dénoncera. Au bout de six mois, il partira en exil vers la France.
A partir de ce moment-là, ni les écossais ni les Stuart ne représenteront plus aucune menace pour la couronne d’Angleterre.
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