L'empire romain au Ier siècle
La disposition des armées
Bataille de Watling en 60 après J-C
Introduction
L’assassinat de Jules César en 44 avant J.C. entraîne une certaine instabilité dans l’empire romain. Ses successeurs s’enchainent, mais aucun ne parvient à stabiliser l’empire. L’empereur Claude, pour redonner une unité à son empire, lance une campagne en Grande-Bretagne. De 43 à 47 après J.C., ses troupes vont mettre à genoux les tribus bretonnes désunies.
L’une de ces tribus, les Icéniens, était dirigée par le roi Prasutagos. Afin de s’attirer les bonnes grâces de Rome, il promit à l’empereur de lui léguer son royaume à sa mort, tout en faisant de sa femme Boadicée (ou Bouddica) et de ses filles ses cohéritières selon la coutume icène.
A sa mort en 60 après J.C., cette disposition maladroite entraîne l’ire de l’empereur Néron, qui refuse le morcellement de son empire. Les romains lèvent des impôts sévères, et saisissent les terres de la population locale. Face à la résistance des bretons, le procurateur Cacius Decianus fait fouetter Boadicée devant son peuple et violer ses deux filles.
Ce châtiment humiliant, habituellement réservé aux esclaves, déclenche la colère du peule icénien.
La Campagne
La reine Boadicée est décrite ainsi par l’historien grec Dion Cassius : « Grande, terrible à voir et dotée d'une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu'aux genoux, et elle portait un torque d'or décoré, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d'une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l'apercevaient ».
A la tête d’une coalition de tribus bretonnes, elle ravage le sud de la Grande-Bretagne. Les rebelles écrasent une armée romaine lors de la bataille de Camulodonum, et mettent à sac Camulodonum (Colchester), Londinium (Londres) et Verulanium (Saint-Alban).
Le gouverneur Gaius Suetonius Paulinus revient en toute hâte de sa campagne dans les terres de Galles pour affronter l’armée rebelle. Il la rencontre aux environs de Watling.
Les force en présence
Le gouverneur romain dispose de deux légions. Ce sont des soldats parfaitement entraînés et expérimentés. Bien protégés par la lorica segmenta (cuirasse) et le scutum (grand bouclier rectangulaire), ils manient le gladius (glaive) dont la taille réduite permet d’être manié avec excellence dans les combats rapprochés tout en restant en formation.
Le pilum (javelot lesté) leur sert à briser la charge adverse. Les légionnaires sont soutenus par des auxiliaires, qui sont des troupes levées dans les pays occupés. Le tout forme un ensemble discipliné d’environ 13 000 hommes.
La reine Boadicée a pu rassembler 40 000 guerriers issus de diverses tribus bretonnes. Ces guerriers ne disposent que de peu de pièces d’armure, et sont habitués aux combats individuels. De fait, ils apprécient particulièrement les lourdes armes à deux mains telles que les épées et les haches, armes qui nécessitent de l’espace pour être maniées. Ils adoptent donc une formation bien plus espacée que celle des romains. Des nobles montés sur des chars tirés par des chevaux viennent soutenir l’ensemble.
Pensant une nouvelle victoire facile, les bretons ont amené leurs familles en spectateurs…
La bataille
Les romains s’installent sur une forte position défensive. Ils se placent en hauteur sur une colline. Une forêt protège leurs flancs et leurs arrières.
Lorsque les bretons se lancent à l’assaut dans cet étroit défilé, leur supériorité numérique devient un handicap. Au sein de la masse, les guerriers se gênent mutuellement du fait du manque d’espace. Les romains accueillent cette charge désordonnée par une pluie de pila, puis contre-chargent en adoptant une formation en coin.
Ces coins exercent une telle pression sur les bretons que ces derniers ne peuvent se servir efficacement de leurs armes à deux mains. A contrario du court gladius, très maniable et redoutablement efficace.
Les bretons sont repoussés dans la masse des spectateurs. Ce qui devait être une victoire facile se transforme en véritable boucherie.
Les pertes
Des chiffres divers circulent, mais les bretons perdent probablement près de 50 000 hommes, femmes et enfants. Il est raconté que la reine Boadicée, vaincue, inocule une dose de poison pour ne pas être capturée. Cette anecdote est contestée, d’autant plus que son corps n’a jamais été retrouvé.
De leur côté, les romains n’ont perdu que 400 à 500 hommes.
Les conséquences
Cette sanglante défaite signe la fin de la rébellion. Le sud de la Grande-Bretagne est définitivement pacifié. Pour éviter une nouvelle révolte des bretons et de nouveaux saccages, Rome nomme un administrateur de Brittania beaucoup plus modéré et compétent : Gnaeus Julius Agricola.
Ce dernier va consolider le pouvoir romain en Grande-Bretagne et développer la région. Il mènera une campagne militaire jusqu’aux Highlands d’Ecosse, territoire sauvage peuplé de pictes.